Dans la pensée balinaise un enfant vient au monde accompagné de ses quatre anges gardiens “kanda empat” qui sont le placenta “ari-ari”, le sang “rah”, le liquide amniotique “yeh nyom” et une sorte de liquide visqueux jaunâtre le “lamas”. Ces éléments physiologiques sont une incarnation des quatre anges qui veilleront sur le nouveau-né jusqu’à sa mort. Tout a du sens à Bali; et si en occident le placenta, qui a nourrit le bébé durant la grossesse, finit à la benne de la maternité, sur l’île des Dieux il est remis dans un pot de terre cuite au papa qui va s’empresser de l’emporter à la maison pour le laver, l’envelopper dans un morceau de drap blanc, le placer dans une noix de coco et l’enterrer sur le côté droit de l’entrée de la maison si c’est un garçon, et du côté gauche si c’est une fille, en prenant soin de planter un pandanus pour le protéger des animaux. Ce sont des larmes de joie, une émotion inexprimable, un recueillement profond, qui accompagnent ces gestes placants côte à côte “l’enterrement” à “la vie” en rappelant que tout ici bas n’est que “passage”.
L’occident croit généralement aux anges gardiens, chacun de nous aurait le sien, pour nous aider à surpasser les malheurs en nous indiquant une voie de sortie. Divins, leur action a pour but de nous emmener dans la lumière de Dieu en nous intimant ce qu’il serait “bon” de faire. Dans tous les cas ils sont d’une patience inusable et resteront prêts à nous aider tout au long de notre existence même si l’attention qu’ils méritent leur avait rarement -ou jamais- été accordée.
A Bali les anges gardiens sont d’une nature moins douce et conciliante, d’ailleurs ils sont à considérer comme des frères au sens propre du terme, avec qui il est possible de s’unir pour être plus fort face au monde extérieur, ou de se facher au risque d’être proie à de graves tourments. Il est fort conseillé de s’adresser à ses quatre anges gardiens, avant de dormir et au réveil, comme à des êtres qui partagent notre couche. Un ange gardien balinais accepte mal d’être oublié, il est d’un tempérament “passionnel”, “tropical”, qui est capable du meilleur en nous sauvant de situations “in extremis” comme du pire en se transformant en démon pour nous causer malheurs de toutes sortes. Il faut donc parler à ses “kanda empat”, les aimer pour qu’ils nous aiment; les remercier de leur aide car en vérité rien ne nous est “du”. Aussi longtemps qu’un enfant n’est pas encore en âge de le faire lui-même ce sont les parents qui demanderont la bienveillance des kanda empat, en communiquant avec eux par des prières et en déposant des offrandes à l’endroit où a été enterré le placenta.
A l’âge adulte aucun rite de passage (limage de dents, mariage, crémation…) ne peut se dérouler sans que soit vénéré les anges gardiens en leur prévoyant nourriture et mantras. Par ailleurs il est fréquent de faire des cérémonies destinées uniquement à attirer leurs faveurs quand l’on soupçonne qu’un mauvais sort a été jeté, dont la victime peut être une seule personne mais aussi toute la famille. Il est alors fait appel à un chamane, “balian”, pour nettoyer à un niveau “invisible” l’enclos familial par moult prières et sacrifices d’animaux (généralement des coqs de combat), mais aussi pour protéger directement les membres de la famille en leur confiant une cordelette magique,nouée autour des hanches, pour que les anges gardiens leur soient “liés” et les protègent de toutes leurs forces. Ce type de cérémonie, à caractère secret, n’est organisée que lorsque la situation est vraiment très inquiétante, comme un dernier recours. La cordelette restera nouée durant des mois jusqu’à ce qu’elle se défasse sous l’action de la sueur et de l’humidité de l’air mêlées, en espérant que la relation avec les frères invisibles aura eu le temps de revenir au beau fixe.

Merci à : http://www.baliauthentique.com

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