Il y a encore très peu de temps, le wayang, le théâtre d’ombres, était la forme la plus populaire et la plus présente dans les villes et campagnes indiennes, javanaises et balinaises. Chaque village possédait son propre dalang, le marionnettiste, qui organisait régulièrement des représentations. Plus qu’un simple spectacle, le wayang avait un rôle important dans l’éducation des jeunes et la construction de leur personnalité.
Le wayang met en scène le Mahâbhârata (dont le Râmâyana est le chapitre le plus connu), fleuron de la littérature indienne Itihasa, terme qui en sanskrit signifie « cela s’est réellement passé ». Le wayang raconte donc l’Histoire et avait une influence sur les valeurs morales, éthiques et religieuses des habitants de l’époque, avant l’arrivée de la télévision.
Le Mahâbhârata raconte l’histoire d’une lutte entre cousins, les Pendawas et les Korawas. Ce conflit voit s’affronter les champions de chaque clan, c’est-à-dire les cinq frères Pendawas (Judistira, Bima, Arjuna et les jumeaux Nakula et Sadewa) contre leurs cent cousins Korawas qui leur ont volé des terres. Les histoires racontent des luttes pour des terres pour que l’audience se rattache à quelque chose qui lui semble réel mais communiquent toujours un message. Par exemple, les Pendawas se battent sans cesse contre des géants et des ogres. A chaque fois qu’ils en tuent d’autres réapparaissent. Les ogres, ici, représentent les passions et désirs qui reposent en chacun de nous, que nous combattons mais qui peuvent ressurgir lors d’un moment de faiblesse. Ces tentations qui nous amènent à s’amuser au lieu d’étudier, à jouer au lieu de travailler, à profiter des joies nocturnes au lieu de dormir et se reposer…
Pour simplifier l’histoire on pourrait dire que les Pendawas seraient les « bons » et les Korawas les « mauvais ». Mais les hindous voient l’histoire d’une toute autre façon. La lutte qui a lieu  ici ne se joue pas entre le bien et le mal mais entre le côté kasar (grossier) et alus (raffiné) de l’individu, une lutte entre le côté animal de l’individu et le détachement qu’il pourrait avoir de ce côté animal.
Dans le wayang, le désir et l’avidité sont représentés par les korawas, l’habilité à se contrôler est représentée par leurs cousins les Pendawas. Malgré tout, ni les Pendawas ni les Korawas ne sont réellement bons ou mauvais. Tous ont leurs propres défauts et qualités.
Les trois personnages principaux du wayang sont les trois frères Pendawas Judistira, Bima, Arjuna, les jeunes jumeaux étant des personnages mineurs. Judistira, l’aîné, est un homme très bon, trop bon en fait. Son problème est qu’il est incapable de dire non. Il va par exemple donner toutes ses réserves de nourriture aux personnes dans le besoin, sans un seul moment penser à lui, puis connaître lui-même la famine. Il a donc besoin de l’aide de ses frères pour éviter que sa trop grande compassion ne le détruise. Le second des  frères, Bima, est tout l’opposé de son aîné. Si il a quelque chose en tête, il va foncer jusqu’à parvenir à son objectif sans une seul fois regarder en arrière. C’est un homme très brave qui n’écoutera jamais les conseils des autres si il pense pouvoir obtenir ce qu’il veut par ses propres moyens. Le troisième frère, Arjuna, est capable de faire le bien comme le mal. Sa bonté vient du fait qu’il s’oppose au mal, qu’il combat l’injustice sans se préoccuper de lui mais des autres. Son côté mauvais lui permet de tuer de sang froid, sans compassion ni pitié. Il peut montrer une réelle brutalité au nom de la justice.
Les actions des principaux personnages du wayang sont en fait des métaphores sur le comportement humain. Judistira est le symbole de la beauté et de l’incapacité à mettre de côté la sensibilité. Bima, avec sa volonté d’agir mais sans contrôler ses émotions, est victime de son immaturité. Il est le symbole de la vitalité et des dangers d’agir avec passion, en écoutant ses instincts et personne d’autre. Arjuna est capable d’agir sans la moindre compassion en invoquant le droit divin et la justice dans un contexte humain. Inutile de rappeler les dangers d’un tel comportement. Tous les trois sont confrontés au même dilemme : comment agir de façon réfléchie malgré les émotions que l’on ressent. Le wayang donne la réponse : par la méditation. Car en réalité le vrai message du wayang est l’appel à la méditation mystique pour rechercher la paix intérieure, le détachement émotionnel.
Pour résumer, la philosophie du wayang est celle du mysticisme qui tend à démontrer que chaque personne peut se libérer de ces émotions qui parfois nous amènent à agir de façon non réfléchie, irrationnelle. Ces émotions ne sont pas seulement la compassion mais aussi la colère, l’amour, l’espoir, le désespoir… Parvenir à se détacher du « soi » apporte un grand pouvoir et la paix dans le monde. C’est ce que les histoires du Wayang racontent.

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