Debus

Les Debus font partie intégrante de la culture de Banten. C’est un large sujet et nous sommes en train d’effectuer un gros travail de traduction afin de vous offrir un texte complet et précis sur cet art. Vous trouverez ci- dessous différentes traductions de différentes sources donnant une vue d’ensemble claire de ce sujet.

Texte tiré de l’ouvrage : « Seni Budaya Banten » retraçant l’ensemble des arts spécifiques de la région de Banten

DESCRIPTION D’UN ART TRADITIONNEL DE BANTEN

1.Les Debus
1.1 Le sens et la signification du mot Debus

Jusqu’ à aujourd’ hui personne n’ a pu déterminer avec certitude comment nous est parvenu le terme Debus, de quel mot il provenait, de quels termes il était issu, car on ne l’ a encore jamais rencontré dans un texte. Tb.A.Sastrasuganda , retraité de la section Kebudayaan Kandepdikbud Kabupaten de Serang, formule quant à lui, l’ hypothèse que le mot Debus aurait pour origine le mot Tembus (Sandjin Aminuddin,1997:153) (et qui signifie transpercer, perforer, pénétrer). C’ est une hypothèse acceptable car l’instrument utilisé (dans les Debus) est un instrument pointu capable de transpercer le corps.
Un autre sens attribué au mot Debus serait son origine du mot Gedebus, un nom qui définit un type d’ objet tranchant utilisé dans des démonstrations d’ invulnérabilité du corps humain. L’ objet tranchant en question est utilisé contre la personne elle même pour s’infliger des blessures. A cause de cela, le mot Debus a aussi pour signification : non perforé, non transpercé.

Les Debus sont un art d’autodéfense (Pencak Silat) rattaché aux sciences d’ invulnérabilité et qui reflète l’ attitude de résistance de la société de Banten. Les Debus sont une forme d’ invulnérabilité aux objets tranchants. Les Debus sont une force surnaturelle qui apporte la résistance aux objets tranchants, pointus ; aux coups et aux brûlures. Certains pensent que les Debus sont une forme de prestidigitation dans laquelle le démonstrateur parvient à tromper le spectateur en mettant en scène une personne qui est transpercée sans subir de blessure. Le caractère religieux de l’art traditionnel des Debus s’ inscrit dans l’utilisation des prières tirées des sourates du Coran Les arts traditionnels des Debus sont répandus dans les Départements de Lebak,de Pandeglang et de Serang avec en premier lieu le District de Walantaka dirigé par M.Idris, le District de Curug dirigé par Umor, le district de Cikande dirigé par H.Renam et le District de Ciruas dirigé par H.Ahmad.

1.2 L’ arrière -plan historique et la fonction des Debus
Les origines des Debus sont indissociables de l ‘expansion de la religion musulmane en Indonésie. Les Debus se sont développés à Banten en tant qu’ instrument de propagation de la religion islamique dans cette région qui est encore de profession Indo-bouddhiste. Mais à l’ époque du règne du Sultan Ageng Tirtayasa au dix septième siècle de l’ ère Chrétienne (1651-1652), les debus ont pour objectif d’ être un outil pour éveiller un esprit combattif en vue de lutter contre les colons hollandais (Sandjin A.,1997:156) C’ est dans ces circonstances que l’ art des Debus se transforme en un art d’ autodéfense et pour insuffler la confiance en soi. Dans le cadre d’ un effort pour renforcer la motivation des soldats et des combattants , le Sultan Ageng Tirtayasa dispense un enseignement sur les sciences d’ invulnérabilité à ses partisans en leur donnant des cours sur les versets du coran. Ces versets sont appris par coeur et intégrés en profondeur afin de renforcer le moral dans la lutte contre le colonisateur hollandais. C’est pourquoi l’ apparition des Debus à Banten est une conséquence de la lutte du peuple de Banten contre les hollandais, qui est basée sur l’ enseignement de la religion musulmane, qui développe l’ ardeur et la confiance dans le combat.
Une autre version voudrait que lors de la période du Sultan Maulana Hasanuddin, on utilisait les Debus comme un art pour rallier le peuple bantenois, encore de profession Indo-bouddhiste dans un effort de diffusion de la religion islamique. Cet art mettait en exergue la résistance du corps face aux armes tranchantes ou dures ou à une arme qu’ on appelait Debus.
A cette époque, les démonstrations de Debus avaient lieu dans une salle de la mosquée de Banten que l’ on appelait Tiama, car elle était située au deuxième niveau de la mosquée. Tout au long de son déroulement, la démonstration était dirigée par un ou deux professeurs appelés Khalifah ou Syekh qui assumaient la responsabilité du bon déroulement du spectacle et veillaient à la sécurité du pratiquant. A ses débuts, le spectacle des Debus était l’ apanage des hommes mais au fur et à mesure de son développement les femmes s’ y sont de plus en plus intéressé. Selon Sandjin Aminuddin (1997), l’ influence des Debus sur la société est relativement importante et ce, en conséquence des facteurs qui suivent:

a. Les Debus font partie intégrante des pratiques d’invulnérabilité. L’ invulnérabilité est assimilée à l’ autodéfense. Ainsi, c’ est un art apprécié.

b. Le peuple bantenois est très pieux, de sorte que seul un art qui sert le religieux peut se développer dans la société. Les arts qui se développent dans la société à cette époque sont empreints de religieux tels le Rebana, Kasidah, Mawalan. Ainsi les Debus utilisent toujours les récitations du Coran qui glorifient et célebrent Dieu et le prophète Mahomet.

c. Les Debus sont un art rare et aimé par la société en tant que distraction digne d’intéret.

d. Les Debus du peuple, par le peuple et pour le peuple, sont facilement acceptés par le peuple.

e. Les Ulemas considèrent que les Debus ne s’ opposent pas à leurs convictions et ils les acceptent

1.3 La démonstration de Debus
Un type de Debus populaire à Banten est le Debus Surosawan du District de Walantaka à Serang que dirige Moh;Idris. Les conditions nécessaires pour exécuter une représentation de Debus Surosawan sont les suivantes:

a. Un jeûne obligatoire de 40 jours

b. « Bismillah » doit être prononcé le plus grand nombre de fois possible à chaque fin de prière

c. Lire onze fois ce passage du Coran:
« Bismillahirrohmanirrohim »
Inna’ Atoinakal Kautsar Fasholli liwa liwali warba
Tulung para wali sakabeh,mangka welas mangka asih
Atine wong sadunia madeleng maring isun,berkahna Lailahaillallah
Muhammaddurasulullah
« Bismillahirrohmanirrohim »
Bima bayu ongedek agu geni murud mati dening aku.
Repsirep atine wong sadunia madeleng maring isun,berkahna
Lailahaillallah Muhammaddurasulullah »

d. Avoir la foi en ce qui est enseigné et accompli

e. Respecter les interdictions prescrites par l’ Islam, comme les 5M : Maling, Maen, Madon, Minum, Madat (voler, jouer, forniquer, boire, consommer de l’opium)

LES ÉTAPES D’UNE DÉMONSTRATION DE DEBUS SE SUCCÈDENT COMME SUIT :

a. Ouverture (Genbung); à savoir : récitations de prières et louanges accompagnées par un tambour-2 a 3 minutes

b. Récitation de versets du Coran pour Allah et son prophète accompagnée par le tambour

c. Beluk, c’ est à dire des chants qui reprennent les récitations du nom de Dieu avec une voix forte, des cris, plusieurs personnes qui se répondent, accompagnées par des tambours. Le Beluk accompagne la démonstration jusqu’ à la fin.

d. Le Silat : quand commence le Beluk, un ou deux pesilat entrent en scène pour une démonstration de Silat à mains nues

e. Le jeu des Debus; deux personnes utilisent les instruments du Debus, une personne porte l’ Almadad (Gedebus) et le met sur son ventre, tandis qu’ une autre se tient prête à frapper l’Almadad avec une massue.

f. Arracher la coque d’ une noix de coco avec les dents. Quand la noix est épluchée, on l’ ouvre en la frappant sur la tête.

g. Frotter certaines parties du corps comme les bras,mollets et cuisses aux lames de couteaux ou de parang.

h. Faire frire des Kerupuk ou des oeufs sur la tête. Une personne place sur sa tête un foyer composé d’ une noix de coco fendue dans laquelle on met un tissu imbibé de pétrole qu’ on fait brûler. Une fois que l’huile de coco est bouillante, on y plonge des oeufs et kerupuk pour les faire frire.

i. Brûler les membres d’ individus par le feu et éprouver les cheuveux aux flammes.

j. Monter et s’ asseoir sur une lame de Golok tranchant.

k. Manger du verre.

l. Le Gemrung, c’ est à dire l’instrument qui met fin à la démonstration.

A l’ heure actuelle, les démonstrations de Debus servent autant pour accompagner des cérémonies traditionnelles ou magiques qu’ à distraire le peuple.

1.4.Les Debus sont une démonstration qui se pratique en groupe
Les intervenants sont au nombre de douze à quinze, qui se répartissent les tâches de la façon suivante:

a.1 joue du Juru Gendang
b.1 joue du Penabuh Terbang (Rebana Besar)
c.2 jouent du Penabuh Dogdog Tingtit
d.1 joue du Penabuh Kecrek
e.4 récitent le nom de Dieu
f.5 qui accomplissent la démostration de Debus
g.1 orchestre le tout (Sychu)

Tandis que les Waditra habituellement utilisés sont:

a. Un Gendang directeur qui a pour fonction d’ accompagner la gestuelle de la danse. Ce Gendang directeur est plus petit qu’ un Gendang Degung et plus grand qu’ un Gendang Kulantar. Son diamètre à l’ avant est de 20 à 25 et à l’ arrière de 15 centimètres. Sa longueur est de 50 cm environ

b. Deux Kulantar(petits Gendang)qui complètent le Gendang Tanggung. Ce Gendang est pareil que celui qui accompagne le Gamelan Degung*

c. Un Terbang (grand Rebana) qui a la même fonction qu’ un Gong; Le Terbang est de bois et d’ une peau de buffle et la partie avant mesure 60 cm de diamètre, la partie arrière 40 cm et d’ épaisseur 25 cm.

d. 2 Tingtit (petit Dogdog), faits de bois et peau de buffle. Ce sont les même qu’ on utilise dans le Reog. Cet instrument mesure 15 cm de diamètre à l’ arrière.

e. Un Cekrek qui régule l’ ensemble et sert de rythme. Le Cekrek est constitué de plusieurs fines lamelles de métal qui ont une forme de cercle d’ un diamètre de 15 cm et 0,3 cm d’ épaisseur.
En plus de cela il y a aussi les instruments utilisés dans la démonstration de Debus tels l’ Almadad (Gedebus) et la Gada (massue). L ‘Almada est une sorte de pique de fer dont le manche en bois et rond a un diamètre de 0,5 cm. La massue quant à elle sert à frapper dessus. On peut ajouter à ces outils, des instruments tels le Golok, des couteaux, des aiguilles, des clous, et des lames de rasoir.

1.5.Les vêtements portés lors des Debus.
Ce sont surtout des vêtements noirs qui prédominent dans les Debus:

a. Baju Kampret, vêtement sans col qui a 2 poches en bas, l’ une à gauche, l’ autre à droite et à manches longues.

b. Celana Pangsi, c’ est à dire pantalon sans ceinture. On peut l’ attacher en le pliant comme un Sarong et porter un Ikat Pinggang (sorte de foulard qui sert de ceinture). Les jambes doivent être assez longues pour permettre une facilité de mouvement lors de la démonstration.

c. Lomar (foulard) fait de Batik, qui a une forme de triangle ou de quadrilatère qui, plié donne un triangle.

Traduction : Gabriel Facal + Laura Lampach
Textes + photos © Gorka Echarri


TEXTE DE O’ONG MARYONO

avec l’aimable autorisation de l’auteur (http://www.kpsnusantara.com/index.html)

Les Debus sont un art représentés par des personnes aux pouvoirs hors du commun comme l invulnérabilité aux lames tranchantes,au feu.Ils peuvent boire de l’acide,introduire des objets dans une noix de coco sans l’ouvrir, faire frire des oeufs sur leur tete et bien d autres choses.
Les Debus sont surtout réputés pour etre un art traditionnel de Banten, et qui se seraient développés au dix huitieme siecle. Néammoins, nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur l’origine du générique Debus.
Selon une version historique,les Debus proviendraient en fait de la Tarikat Rifaiah. Cette Tarikat aurait été sous la guidance de Nurrudin Ar-raniry a Aceh aux environs du seizieme siecle. Elle organisait souvent lors de l’épiphanie (au moment ou la présence du regard divin procure une joie infinie) des célébrations ou le corps était soumis a la résistance d objets et lames tranchants. Un principe clair que j’ai pu saisir est « Lau Haula Walla Quwata Ilabillahil’Aliyyil Adhim » ou « il n ya pas de pouvoir au dessus de Allah ». Donc si Allah le veut aucun couteau, Golok, Parang ou autres projectiles ne les (les frères de la Tarikat) blessera.
Pour poursuivre : cette Tarikat s’est rendue jusqu en la région de Minang ou elle aussi connue sous le nom de Dabuih. La suite est plus incertaine mais ce qui est sur c’est que ces Debus que j’ai pu un peu étudier tirent au moins une part de leur histoire dans ce que je viens de relater et qui correspond a la théorie de la Tarikat Rifaiah.
Voila la brève histoire des Debus dont j’ai pu avoir connaissance. Quant a la vérité certaine; elle appartient a Dieu seul. Car je n’incite encore personne a se mettre aux Debus n’est ce pas ? hehehe…
Wassalam

Traduction : Gabriel Facal
Textes © Gorka Echarri


TEXTE TIRÉ DE “INDONÉSIE”

de Vincent Monteil (1975)

… Comme partout ailleurs, les thèmes mystiques sont diffusés par les confréries religieuses (Tarekat), dont le sprincipales sont ici celles des Qâdiriyya, des Naqshabandiyya, des Rifâeiyya, des Shattâriyya et des Khalwatiyya. Elles ont tenu deux congrés, l’un à Pekalongan (Java) en 1960 et l’autre à BukitTinggi (Sumatra) en 1963. Il est difficile, faute de documentation accessible, d’apprécier leur importance actuelle, même si le fameux Syekh Osman, à Surabaya, prétend avoir plus d’unmillion d’adeptes. A Banten et au sud-est de Serang, au nord-ouest de Java, les cérémonies anniversaires de la naissance du prophète (mulud) sont marquées par des séances de Debus ou coups de dague infligés réciproquement par des membres de la confrérie Naqshabandiyya ou Qâdiriyya. Naguère, en pays Aceh, à la pointe nord-ouest de Sumatra, des scènes analogues étaient le fait des adeptes de la Rifâiyya (toujours vivante aujourd’hui au Caire) et certaines invocations au « Maître Secours » (shaykh almadad), faites, devant moi, à Banten, par le « bourreau » naqshabandi, permettent de raprocher les deux confréries, puisque des prières initiatiques attribuées en Egypte au fondateur Ahmad ar-Rifaâi commencent souvent par le mot malad, qui signifie « aide, au secours »

Textes © Gorka Echarri