Musique


PENCAK SILAT, HARMONISATION DU MOUVEMENT ET DU RYTHME

extrait de : Pencak Silat in the indonesian archipelago de O’ong Maryono
avec l’aimable autorisation de l’auteur (http://www.kpsnusantara.com/index.html)

Le Pencak Silat en tant qu’art à Ouest Java ne peut pas être séparé de l’accompagnement musical appelé « Gendang Penca ». A chaque performance, la subtile alchimie de sons et de rythmes touche profondément l’audience. L’ensemble se constitue de deux larges tambours (gendang), le Gendang Indung et son junior Gendang Anak aussi appelé Penerus ou « le suiveur », quatre petits tambours (Kulantir), une Tarompet (trompette) et une petit Kempul (gong). Les matières premières pour ces instruments peuvent se trouver facilement à Ouest Java. Habituellement le tambour est fait de bois de « Jaquier » (Artocarpus Integrifolia); la peau du tambour est faite de peau de faon; les cordes du tambour sont en cuir ; la trompette est faite à partir de bois de clou de girofle et le petit gong est fait de bronze.

Cet ensemble d’instruments a approximativement la même taille partout, même si il n’existe pas de standard. En général le Gendang Indung, qui se trouve au centre de l’ensemble, mesure approximativement 1m de long avec une peau de 30cm de diamètre du côté droit et 25cm de diamètre du côté gauche. La peau du côté droit étant plus garnde que du côté gauche. Même si les formes et les dimensions des quatre tambours plus petits est à peu prêt la même, ils ont une sonorité différente. La trompette comporte 7 trous, pour couvrir un plus large registre mélodieux, mesure approximativement 35cm de long, large à la sortie et étroit à l’embouchure. Finalement, le petit gong a un diamètre de 35cm. Idéalement, ces instruments sont joués par 4 nayaga (musiciens). Un musicien s’assied jambes croisées avec un Gendang Indung devant lui ainsi que deux Kulantir sur le côté. Une cale surélève un côté du Gendang Indung afin que le côté droit soit plus haut, alors que les deux Kulantir sont placés sur le côté à la verticale, un sur le côté droit, un sur le côté gauche. Les trois autres musiciens sont également assis, jambes croisées, au sol et ont parfois une jambe relevée afin de suivre le rythme de la musique. Un de ces musiciens tient le tambour junior ainsi que les deux tambours Kulantir, pendant que les autres jouent du Kempul (gong) et de la trompette. Le petit gong est souvent soutenu par un support en bois à deux pieds qui est décoré de gravures et de couleurs, reprenant souvent le nom de l’association de Pencak Silat en tant que symbole de fierté.

Le Gendang Indung et le Gendang Anak ainsi que les quatre Kulantirs posent le mouvement et le tempo du morceau joué. Les deux ensembles de tambours jouent comme un dialogue dans le morceau joué, combinant mutuellement des parties qui se complètent. Le tambour junior mène et présente les variations de rythme, pendant que le gendang Indung, possèdenat un son plus grave, « sert » le junior en marquant simultanément les différents cadres rythmiques qui ne peuvent être transgressé par le tambour junior. Supportant la performance du pesilat, les deux percussionistes doivent comprendre et suivre tous les mouvements afin que les mouvements et le rythme soit synchro. Il faut qu’ils soient très attentifs quand le pesilat à besoin de faire monter en puissance ses mouvements – plus particulièrement quand il bouge son corps, par exemple : les épaules, la poitrine, le dos, les hanches – afin qu’ils puissent suivre avec le rythme des tambours. Par exemple, les mouvements d’esquives et de défenses sont plus synchro si le Nayaga frappe le Gendang Indung avec un son « bem ». Les tambours jouent un rôle primordial pour déterminer le rythme et l’atmosphère de la performance, l’ensemble, qui accompagne les performances de Pencak Silat Seni à Ouest Java, se nomme « Gendang Penca » ou « tambours penca ».

Cela ne veut pas dire que les autres instruments ne sont pas nécessaires. La trompette joue un rôle primordial grâce à son expression mélodique et elle indique quelle chanson doit être jouée en arrière plan. On peut même dire que sans la trompette, la performance ne serait pas possible. Selon des croyances populaires, le joueur de trompette possède de puissants pouvoir magiques appelé « Pamelet », « Penyedap » ou « Resep », afin que le public apprécie la performance. Cette connaissance supernaturelle est également utilisée afin de neutraliser toute interférences pouvant venir du public qui pourrait être jaloux des compétences de la performance. Afin de protéger ses pouvoirs, le joueur de trompette utilise « Izim » ou des mantras sur un foulard qu’il place généralement autour de son cou.

Les éléments magiques sont également présent pour le gong. Avant que la performance commence, le nayaga prie en accord avec les enseignements musulmans devant des offrandes rituelles et de l’encens qui brûle qui ont été placés au pied du gong, afin que le pesilat puisse bien réaliser sa performance sans danger. A côté de ce rôle sacré, le gong a une fonction importante pour déterminer le rythme car il est utilisé pour affirmer le thème ou afin de marquer un temps dans le tempo. Le joueur de gong peut être un peu plus détendu que les autres nayaga, même si il doit quand même préter attention aux mouvements du pesilat afin d’obtenir un résultat optimum d’harmonie. La façon de frapper le gong varie énormément à Ouest Java. Parmis les méthodes les plus répandues, on retrouvre : « Bangbara Ngapung » qui sonne comme une guêpe noire en vol, « Anjing Manting » qui ressemble au son des aboiements d’un chien de chasse (comme les chiens de l’aristrocatie sundanaise du passé) ; et « Puyuh Ngungkung » qui sonne comme les pleurs d’une caille que l’on entend de Afar.

Cet ensemble constitué de tambours, trompette et gong possède un rythme spécial pour les performances de Pencak Silat Seni qui diffère des autres pectacles artistiques. Ce qui est remarquable est que toutes les performances utilisent le mêm « Paken » (cadre ou standar prédéterminé) de Gendang Penca, même si les pas utlisés dans les différents styles diffèrent. Etant donné que les noms des styles de « Tepak » (rythme ou coup) sont mentionnés, les nayaga sont capables de comprendre l’intention du pesilat et sont capables de suivre ses mouvements. Plus spécifiquement, les Gendang Penca utilisent cinq catégories de coups. Du rythme le plus lent au plus rapide, les rythmes s’articulent de la façon suivante : « Tepak Dua » (2 rythmes), « Tepak Paleredan », « Tepak Tilu » (3 rythmes), « Tepak Golempang » et « Tepak Dungdung » (Pakdungdung). Tepak Dua possède un rythme de tambour lent afin que la beauté du mouvement soit bien visible et que le pesilat soit capable de faire une pause sur le temps du gong, avant de continuer sur d’autres mouvements en musique. Tepak Paleredan a un rythme un peu plus rapide. Les mouvements ne sont pas marqués par des pauses sur le temps du gong comme Tepak Dua. Tepak Tilu a un rythme moyen afin d’accompagner des mouvements plus rapide que ceux de Tepak Dua et Tepak Paleredan. Tepak Golempang utilise un rythme rapide, une atmosphère rythmée et une chanson qui est généralement une provocation. Dans le passé, et mêm parfois aujourd’hui, le danseur défie l’audience de venir « dans l’arène » afin de tester leur niveau avec lui. Finalement, Tepak Dungdung détient le rythme le plus rapide pour accompagner les mouvements de combats. Pendant une démonstrations, différents rythmes peuvent être utlisés. Par exemple, quand la démonstration commence avec Tepak Dua, Tepak Tiga et continue avec Tepak Dungdung ou Tepak Paleredan, il redevient doux vers la fin. Habituellement Tepak Dungdung conclue la démonstration.

Pour chaque rythme mentionné ci-dessus, il y a une mélodie spécifique qui est joué par la trompette. Il existe une grande variété de chansons, incluant également celles importées du répertoire des gamelans ainsi que des chansons de création modernes. Dans le passé, les chansons considérées comme s’alliant le mieux avec Tepak Dua étaient Polostomo et Buah-Kawung. Pour Tepak Tilu, la chanson Kembang-Beureum. Pour Tepak Golempang, la chanson Engko et pour Tepak Dungdung, des mélodies sundanaises traditionnelles. Récemment, Penca a aussi été accompagné avec des chansons aux arrangements modernes. Les joueurs de trompette sont très libre de déterminer les chansons tant qu’elles correspondent avec le rythme des tambours.
Suivant la musique, pendant la performance, les mouvements du pesilat progressent d’un rythme lent à un rythme rapide, de doux à puissant. Habituellement, la performance commence par un salut dans lequel le pesilat utilise des mouvements doux, un rythme lent et une attitude autoritaire comme signe de respect pour le public. Pendant la seconde période, le pesilat présente des mouvements plus puissants avec une harmonie précise avec la musique (Tepak Dua, Paleredan ou Tepak Tilu). Au début à mains nues, la démonstration continue en démontrant l’utilisation des armes comme le couteau, la dague, la cane, le bâton… Les changements de rythmes sont habituellement marqués par une série de pas ou d’une manière dite « Rincid » qui est devenue spécifique des styles sundanais. Dans la troisième partie de la démonstration, plus de mouvements Penca sont utilisés pour illustrer une attaque et la défense adéquate. Ces mouvements sont généralement improvisés et nécessite un rythme spontané pour conserver l’harmonie mouvements/musique. Pendant la dernière scène de combat, qui est accompagnée par Tepak Dungdung, le pesilat bouge sans interruption à vitesse rapide, attaquant son adversaire de façon très intense. On peut noté que le Pencak Silat Seni à Ouest Java reconnait trois types de performances que l’on peut classé en : individuel, duo et groupe. Plus précisément, une démonstration individuelle est exécutée par un seul pesilat alors q’une démonstration en duo à mains nues ou avec armes est exécutée par deux pesilat qui se complètent. Dans la première variation, un pesilat commence la performance seul et son adversaire entre dans la démonstration pendant la section Tepak Dungdung. Dans la deuxième variation, deux pesilats entre ensemble dans la démonstration et pratiquent sur Tepak Dungdung ensemble; Finalement pour une démonstration de groupe, une équipe de pesilats présentent les mêmes mouvements stimultanément.

Dans la performance Penca, un pesilat doit suivre un certain cadre. Il n’est pas autorisé à faire ce qu’il veut ou à exécuter des mouvements qui n’ont pas de fonction ou qui ne font pas partie du répertoire de son école. Contrairement au « shadow boxing » du boxeur, où les coups de poings et de pieds doivent être dirigés, en penca, la possibilité d’une contre attaque doit également êtr considéré, afin que tous les mouvements dans leur intégralité créé une synthèse harmonieuse de techniques offensives, défensives, évasives, exécutées au rythme des instruments qui l’accompagne. Le pesilat adopte toujours une posture initiale puissante qui précède ses techniques de bras et occasionnellement des attques de jambes. Initialement, Penca était présenté uniquement au sein des perguruan (écoles) et dans d’autres lieux d’entrainement et les techniques, les modèles de pas pouvaient être défini très simplement. Graduellement, ces mouvements se sont développés jusqu’au point ou ils ont été présentés aux publics dans les Balandongan (une tente constituée de bambou ou de feuille de cocotier) ainsi que dans d’autres types de scènes. Commes les écoles se développaient et se répandaient, certains maîtres ont commencés à créer de nouveaux jurus en combinant des mouvements de différents styles. Le répertoire de techniques et les modèles de pas furent enrichis et la gamme d’armes utilisée s’enrichit. Actuellement, les performances de Pencak Silat Seni à Ouest java utilise des éventails, des épingles à cheveux et même des Cemara (chignon de faux cheveux) en tant qu’armes de self défense. La tradition sundanaise n’autorise pas de changements aux jurus dans une recherche de nouveautés et de critères esthétiques et la plupart des perguruans désirent préserver le Pencak Silat Seni en conservant ses standards et caractéristiques d’origine. Néanmoins, le besoin de performances dans différentes conditions a poussé certains maîtres à s’éloigner de la tradition et à élaborer leurs jurus…

Traduction : © Gorka Echarri